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L'interview du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, par la journaliste Léa Salamé, jeudi soir dans le 20h00 de France 2, a été sévèrement critiquée vendredi, des experts la jugeant complaisante et l'Ukraine fustigeant une tribune à "un criminel de guerre", en pleine réunion du G7.
"A quoi bon offrir une tribune à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre?", s'est interrogé sur le réseau social X l'ambassadeur ukrainien à Paris, Vadym Omelchenko.
Interroger le chef de la diplomatie de la Russie, "acteur majeur de la guerre au Moyen-Orient" et "allié" de l'Iran, "a un intérêt journalistique évident", a défendu le directeur de l'information de France Télévisions, Philippe Corbé, dans un article sur franceinfo.fr, le site d'information du groupe public, dont fait partie France 2.
Enregistrée à l'avance, cette interview a été réalisée à distance avec M. Lavrov, qui se trouvait à Moscou. Dix minutes ont été diffusées dans le 20h00 de France 2, séquence regardée par 3,4 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie, et une version longue d'une heure a été mise en ligne sur franceinfo.fr.
Le fait que "l'intégralité de l'interview soit montrée au public" était une exigence de la Russie mais "cette pratique de transparence se développe", a fait valoir France Télévisions dans l'article publié sur franceinfo.fr après les critiques, qui ont débuté dès jeudi soir.
"Séquence catastrophique sur le service public", a ainsi déploré sur X le spécialiste de la Russie Dimitri Minic, de l'Institut français des relations internationales (Ifri), en fustigeant "une interview inutile, mal préparée et, au final, dangereuse".
"Si les équipes de France TV sous-estiment encore la lutte informationnelle, qu'elles comprennent que Moscou en a fait l'arme centrale de sa guerre contre l'Occident", a-t-il ajouté.
- "Crimes de guerre" -
"Une interview honteuse durant laquelle un ministre d'une puissance adverse peut tranquillement dérouler ses éléments de langage à une heure de grande écoute sur la principale chaîne publique française et presque sans aucune contradiction", a pour sa part pesté le chercheur français Etienne Marcuz, de la Fondation pour la recherche stratégique, sur le même réseau social.
L'analyste Louis Duclos a lui reproché à Léa Salamé de ne pas avoir relancé M. Lavrov sur les "crimes de guerre de la Russie en Ukraine".
"Pourquoi ne pas avoir parlé de Boutcha ? Marioupol ? Izioum ? Les safaris en drone à Kherson ? Les tortures de civils, les viols d'enfants et d'adolescentes devant les yeux des parents avant de les assassiner?", s'est-il indigné.
La Société des journalistes de France Télévisions a au contraire défendu Léa Salamé. Pour son président, Valéry Lerouge, la journaliste a mis M. Lavrov "devant les faits", en parlant de frappes sur des "écoles, des hôpitaux", et de "milliers de civils ukrainiens morts dans cette guerre". "Elle lui a dit que nous en avons les preuves sur le terrain", a-t-il insisté auprès de l'AFP.
"Cet entretien n'est absolument pas complaisant", a insisté Philippe Corbé sur franceinfo.fr. Il a souligné "l'ensemble du travail de la rédaction sur l'actualité russe et ukrainienne", dont "près de 400 reportages sur le terrain en Ukraine".
La polémique intervient dans un contexte difficile pour France Télévisions, qui est scruté depuis plusieurs mois et sans ménagement par une commission d'enquête parlementaire sur la "neutralité" et le "financement" de l'audiovisuel public.
En janvier, Philippe Corbé a remplacé Alexandre Kara à la direction de l'information de France Télévisions, après plusieurs bourdes au sein du secteur de l'information du groupe public.
Parmi elles: une confusion entre les circonstances de la mort des professeurs Dominique Bernard et Samuel Paty dans les JT de 13h00 et 20h00 de France 2, présentés par Julian Bugier et Léa Salamé.
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H.Sasidharan--DT