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Le célèbre chroniqueur malien Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, et l'influenceuse Rokia Doumbia, voix critiques de la junte en détention depuis plusieurs années, ont été condamnés lundi chacun à 10 ans de prison dont trois avec sursis par un tribunal de Bamako.
Animateur de radio et de télévision, Ras Bath, 53 ans, est aussi une célèbre figure de la société civile malienne. Il était jugé avec Rokia Doumbia, 48 ans, dite "Rose, la vie chère", influenceuse très suivie sur les réseaux sociaux et militante contre la cherté de la vie.
Ils ont été condamnés pour "association de malfaiteurs" et "atteinte au crédit de l'Etat" à la suite d'une émission de Ras Bath en 2023 consacrée à la hausse des prix et aux difficultés économiques des Maliens.
Ras Bath est détenu depuis mars 2023 au Mali, pays dirigé par une junte depuis deux coups d'État successifs en 2020 et 2021. Sa maigreur, ses traits tirés, son visage fermé ont choqué de nombreux Maliens lors de son apparition au procès ouvert le 10 août devant la chambre criminelle de la Cour d'appel de Bamako.
- "Martyre" -
"Ras Bath et Rose souffrent le martyre... De telles choses ne se seraient pas passées si nous étions en démocratie, car ils ne faisaient que leur travail", a réagi lundi auprès de l'AFP Souleymane Camara, président du Réseau des Défenseurs des Droits Humains du Mali, à propos de ces lourdes condamnations.
"Ce ne sont pas les poursuites judiciaires ou les menaces de poursuites qui empêcheront les citoyens d'exprimer leur ras-le-bol!", a-t-il martelé. "La justice malienne a cessé de jouer son rôle de garant de la Constitution et des droits des citoyens depuis qu'elle a avalisé les différents coups d'Etat", a-t-il ajouté.
Ras Bath est le fils de l'ancien ministre Mohamed Aly Bathily et le porte-parole du Collectif pour la défense de la République (CDR).
Lors du procès, le tribunal a souhaité démontrer que le chroniqueur, qui avait invité "Rose, la vie chère" à deux reprises à de précédentes émissions, était "en association" avec elle. Le tribunal a produit des échanges entre les accusés sur WhatsApp.
Les avocats de Ras Bath ont nié ces accusations.
Réagissant à ces condamnations, Me Ladji Traoré a annoncé qu'il allait faire un pourvoi devant la Cour suprême. "Nous n'acceptons pas cette décision", a-t-il martelé.
Lors du procès, le procureur a déclaré que "Ras Bath est un danger pour la transition", ont rapporté sous couvert d'anonymat deux avocats à l'AFP. "Il faut le tenir loin des réseaux sociaux, de la radio", a poursuivi le procureur.
Très suivi par la jeunesse, Ras Bath s'était notamment fait connaître via ses émissions "Cartes sur table" et "Le Grand dossier", donnant une voix aux marginalisés de la société et dénonçant les problèmes sociaux et politiques affectant les Maliens.
Son discours direct, résumé par la formule "Choquer pour éduquer", lui a valu dans le passé une forte audience, mais aussi plusieurs démêlés judiciaires.
Arrêté une première fois au Mali en août 2016 pour "incitation à la désobéissance des troupes", Ras Bath est relâché deux jours plus tard sous la pression de ses partisans.
En juillet 2017, alors qu'il se trouve à l'étranger, il est condamné en son absence à douze mois de prison ferme sans purger de peine.
- Restrictions sévères des libertés -
Il avait aussi participé en 2020 au mouvement de contestation du M5-RFP contre le président Ibrahim Boubacar Keïta.
En décembre 2020, il est de nouveau arrêté dans une affaire de présumé complot contre le gouvernement de transition. La procédure est annulée faute de preuves et il retrouve la liberté en avril 2021.
Avant son inculpation pour le dossier dans lequel il a été condamné lundi, Ras Bath se trouvait déjà en prison depuis mars 2023 pour avoir affirmé que l'ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention, avait été "assassiné".
Depuis leur arrivée au pouvoir, les militaires ont imposé des restrictions sévères aux libertés au Mali, en réduisant au silence l'opposition et les voix dissidentes par des mesures coercitives, des mises en cause judiciaires et la dissolution des partis politiques.
La junte, dirigée par le général Assimi Goïta, a manqué à sa promesse de remettre le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024.
Le Mali occupe la 121e place sur 180 pays dans le classement mondial 2026 de la liberté de la presse de l'ONG Reporters sans frontière (RSF).
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U.Siddiqui--DT