Dubai Telegraph - La canicule impitoyable aussi pour les poissons d'eau douce

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La canicule impitoyable aussi pour les poissons d'eau douce
La canicule impitoyable aussi pour les poissons d'eau douce / Photo: OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP

La canicule impitoyable aussi pour les poissons d'eau douce

Le petit groupe avance sur des galets secs où coule d'ordinaire la rivière Albarine. Dans ce coin de l'Ain, son lit s'est asséché sur deux kilomètres, et là où il reste de l'eau, elle est trop chaude pour les poissons.

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"Les arbres font comme nous, ils transpirent. Du coup ils ont besoin d'eau, ils assèchent les sols, ils assèchent les nappes", explique Thibault Datry, directeur de recherche en écologie aquatique à l'Inrae, venu constater les dégâts de la canicule de juin sur la vie aquatique.

Entouré d'étudiants, il effectue quelques prélèvements et constate immédiatement "pas mal de casse": "il y a déjà tous les petits alevins qui étaient à moitié morts, ils sont en train de mourir ou ils sont morts parce que l'eau est trop chaude."

Le réchauffement de l'eau est l'un des premiers effets de la canicule, en particulier sur le réseau secondaire des rivières.

A quelques kilomètres de là, dans le département du Rhône, Quentin Gillot se prépare à aller pêcher au leurre. En fin de journée, pour tenter d'échapper à la chape de chaleur qui s'abat aux portes du Beaujolais, sur un site que ce local connaît bien.

"Plus l'eau se réchauffe, plus le poisson remonte par rapport à là où on le trouvait avant", observe-t-il.

Aucune difficulté à rentrer sans équipement particulier dans l'Azergues, un affluent de la Saône. Dans cette rivière large et peu profonde, où l'on trouve un peu d'ombre, l'eau est tiède sur les mollets.

Rapidement, il attrape un chevesne, un poisson blanc d'eau douce. "C'est une espèce qui va mieux résister aux fortes chaleurs, qui est mieux adaptée aux milieux lentiques", qui ont peu ou pas de courant.

"Ce sont des espèces qui vont être encore en activité, même sur des périodes de forte chaleur comme celle-ci", explique l'étudiant de 21 ans en BTS Gestion et protection de la nature (GPN). La carpe résiste bien elle aussi, "mais je ne suis pas carpiste", sourit-il.

- Moins de truites -

Pour survivre, les poissons changent de comportement pendant les épisodes de forte chaleur. Quand il n'y a pas de barrages pour les en empêcher, certains cherchent un refuge thermique, une eau plus fraîche, explique Thibault Datry.

Il y a aussi "des poissons qui ne peuvent plus se nourrir, qui ont des fécondités l'année d'après beaucoup plus faibles, qui grandissent plus vite et donc deviennent moins gros", énumère le chercheur.

Les "milieux n'arrivent plus à se régénérer" avec "l'intensité inédite" des sécheresses qui s'enchaînent, ajoute Jean-Pierre Faure, directeur général de la Fédération de pêche du Rhône. Selon lui, il leur faudrait "en moyenne entre trois et cinq ans de conditions normales" pour y parvenir.

"Nos écosystèmes sont en train de subir des impacts dont ils n'arrivent pas à se remettre", assure-t-il. "Par exemple pour la truite fario, une espèce d'eau froide, on a des reculs de 50-60% de son abondance au cours des 10-15 dernières années".

"Ca devient impêchable quand on a des eaux trop peu profondes, plus de courant, plus de débit. Par exemple, sur les dix dernières années, on a perdu entre 30 et 50% du temps de pêche sur les petits cours d'eau".

Cette "dégringolade des densités ou des biomasses des espèces", Nicolas Roset, chef du service Connaissance à la direction Auvergne Rhône-Alpes de l'Office français de la biodiversité (OFB), l'observe depuis "une dizaine d'années".

"On commence à franchir des seuils qui sont plutôt alarmants", concède-t-il, alors que le département de l'Ain a connu localement des températures de 40°C ce week-end.

Autre effet indirect de la chaleur: l'eau contient moins d'oxygène, et trop de nitrates et phosphates favorables à "des proliférations d'algues, éventuellement d'espèces exotiques", nocives pour les espèces endémiques, souligne-t-il.

D.Farook--DT