Dubai Telegraph - Cancers du sein: une simple prise de sang pour intercepter un début de rechute

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Cancers du sein: une simple prise de sang pour intercepter un début de rechute
Cancers du sein: une simple prise de sang pour intercepter un début de rechute / Photo: BERTRAND LANGLOIS - AFP/Archives

Cancers du sein: une simple prise de sang pour intercepter un début de rechute

Détecter, par prise de sang, des traces biologiques d'un risque de rechute de certains cancers du sein et délivrer ensuite un traitement préventif: cette promesse semble confirmée par de nouvelles données, nouvelle illustration des apports de la biopsie liquide.

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Cette technologie, également appelée de l'ADN tumoral circulant, consiste à suivre l'évolution d'un cancer par une simple prise de sang - et non par biopsie classique, qui implique des prélèvements bien plus lourds. C'est la présence dans le sang d'ADN produit par les tumeurs, source de précieuses informations génétiques, qui est recherchée.

Il s'agit d'une grande avancée scientifique des dernières années. Et des données récentes confirment une application potentiellement majeure: éviter, de façon précoce et non invasive, des rechutes pour certaines femmes atteintes de cancers hormono-dépendants - le type le plus répandu de tumeurs du sein - et métastasés.

"Un nouveau médicament", le camizestrant (AstraZeneca), mais "surtout un nouveau concept" sont au centre d'une session plénière au 61ème congrès de l’American Society of Clinical Oncology (Asco) à Chicago et d'une parution dans le New England Journal of Medicine, a souligné devant la presse le Pr François-Clément Bidard, de l'institut Curie, dernier auteur de l'article.

Actuellement, les femmes atteintes de cancers du sein hormonodépendants au stade métastatique sont généralement traitées par une combinaison de médicaments: une hormonothérapie qui diminue la fabrication d'oestrogènes (anti-aromatase) et un traitement inhibant la prolifération des cellules (inhibiteur de CDK4/6).

Mais, pour presque 40% de ces patientes, un gène crucial pour le récepteur des oestrogènes (ESR1) mute, ce qui entraîne une résistance à l'hormonothérapie et, finalement, une rechute du cancer.

La promesse désormais est de détecter ces mutations dans le sang plusieurs mois avant qu'elles ne provoquent une nouvelle avancée du cancer, pour changer d'hormonothérapie, la combiner à un médicament inhibant le cycle cellulaire, et finalement réduire le risque de ré-évolution de la tumeur.

C'était déjà la conclusion, à l'automne 2022, d'un essai académique français (Pada-1) piloté par le Pr Bidard. C'est aussi celle désormais d'un essai clinique international de phase III (Serena-6) d'un nouveau médicament d'AstraZeneca, développé dans son sillage.

- "Révolutionnaire" -

Sur près de 3.000 patientes suivies par prise de sang tous les 2-3 mois, 315 ont développé une mutation dans le sang, sans ré-évolution du cancer, et ont été réparties en deux groupes: un standard, qui a continué son traitement, et un expérimental, qui a reçu le camizestrant et l’inhibiteur du cycle cellulaire.

Les patientes recevant ce nouveau traitement oral ont vu "leur risque d’évolution du cancer diminué de 56%, repoussant d’environ 6 mois en moyenne le temps jusqu’à une première ré-évolution. A 12 mois, le taux de survie sans progression était de 60,7% pour les patientes ayant reçu du camizestrant contre 33,4% chez les autres. A 24 mois, la survie sans progression atteignait 29,7% contre 5,4%", a détaillé l'institut Curie dans un communiqué, vantant "une approche révolutionnaire".

Celle-ci marque "une première dans le cancer du sein, (et) peut s'extrapoler au-delà de ce cancer", a déclaré à la presse M. Bidard, spécialiste de la biopsie liquide.

Depuis une quinzaine d'années, les travaux sur l'ADN tumoral circulant, récoltable par simple prise de sang grâce aux avancées en biologie moléculaire, ne cessent de nourrir plusieurs milliers d'études scientifiques et des espoirs grandissants d'applications.

Les scientifiques y cherchent notamment une voie vers une médecine plus personnalisée et préventive mais aussi moins invasive pour les malades du cancer.

Dans le cas présent, c'est "la première fois que l'industrie pharmaceutique se rend compte du potentiel de la biopsie liquide pour recevoir une approbation des autorités sanitaires pour des molécules, ce qui laisse présager que d'autres industriels vont s'engouffrer dans cette nouvelle facon d'initier des traitements", selon le Pr Bidart.

Alors que le nombre de cas de cancers du sein hormonodépendants continue d'augmenter dans le monde, la concurrence s'accroît aussi entre laboratoires pharmaceutiques pour développer des hormonothérapies de nouvelle génération et en tirer des bénéfices.

AstraZeneca, qui mise de plus en plus sur les anticancéreux, a positionné le camizestrant comme un médicament de première intention. Une stratégie pour tenter de faire la différence face à plusieurs rivals, comme Roche, Pfizer ou Eli Lilly, qui mènent plusieurs essais dans cette famille thérapeutique.

A.Krishnakumar--DT