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"Phénoménal" sur un vélo, "posé" en dehors, Paul Seixas s'affirme comme la nouvelle star du sport français, un statut qu'il accueille avec un flegme total et toute l'insouciance de ses 19 ans.
Avec ses sept victoires depuis le début de saison, dont la Flèche Wallonne mercredi, le surdoué lyonnais a réveillé un fol espoir dans un pays privé de victoire dans le Tour de France depuis Bernard Hinault en 1985.
"On n'a pas vu ça en France depuis 50 ans", s'enflamme le directeur du Tour Christian Prudhomme, en espérant accueillir dès cet été ce talent à la fois hyper précoce et bluffant de maturité, un "alien" à la Victor Wembanyama.
La pression, colossale, d'être annoncé partout comme le successeur, voire "l'élu" ou le nouveau Tadej Pogacar, en écraserait plus d'un.
"Tous les Français veulent qu'il soit le nouveau champion. Savoir gérer ça est aussi important que d'avoir de bonnes jambes, prévient l'expérimenté coureur flamand Tiesj Benoot, coéquipier de Seixas dans l'équipe Decathlon CMA CGM. Mais Paul est vraiment un mec qui reste cool."
De fait, la pression semble "glisser sur sa peau comme l'eau sur les plumes d'un canard", selon les mots d'Oliver Naesen, un autre coéquipier de Seixas. Lequel répète inlassablement qu'il s'en "fout des attentes".
"J'entends des choses. Moi je me concentre sur ce que j'ai envie de devenir", expliquait le longiligne Lyonnais (1,86 m, 64 kg) à l'AFP en février, reclus dans la Sierra Nevada espagnole.
Dans son équipe, on se dit bluffé. "Avec un tel potentiel physique, d'autres pourraient être écrasés par cette attente. Lui en fait un jeu. Il a une telle sérénité", s'étonne Sébastien Joly, directeur de la compétition de l'équipe qui veille sur le prodige.
- "Tête en l'air" mais "bien câblé" -
Les proches de "Polo" décrivent un jeune homme "rêveur", "tête en l'air", à toujours oublier un truc, avec sa dégaine de savant fou, les cheveux bruns en pagaille. Mais aussi quelqu'un de "structuré", "bien câblé", très à l'aise en anglais et qui poursuit en parallèle ses études à l'EM Lyon, une école supérieure de commerce, un domaine dans lequel il veut "réussir aussi".
Lui-même se dit "posé, calme et patient, pas quelqu'un de très tonique dans la vie réelle".
Sur un vélo en revanche, il devient "un acharné", résume son père Emmanuel, ancien vice-champion de France de karaté. Un monstre de détermination qui n'hésite pas à afficher ses ambitions.
Le Tour de France ? "Le rêve ultime. C'est ce qui m'a donné envie d'être polyvalent et de ne pas me donner de limites. Je ferai tout pour l'accomplir", disait-il à l'AFP au moment de faire ses premiers pas chez les professionnels début 2025 en débarquant directement de chez les juniors.
Il a toutes les qualités pour: excellent grimpeur et descendeur, très bon en contre-la-montre, doté de capacités de récupération phénoménales, il prouve qu'il sait aussi commander à des coureurs plus âgés.
"Paul a cette capacité à fédérer un groupe, le tout avec sympathie, à toujours dire merci. C'est une crème, intellectuellement et sportivement. Un garçon exceptionnel, hors classe", s'enthousiasme Julien Jurdie, directeur sportif historique qui n'avait encore "jamais vu ça".
- "Trois poumons" -
Dans sa famille, le cyclisme n'était pourtant pas une priorité. Il y avait bien le grand-père qui regardait "tout le temps le Tour de France" et lui a "transmis la passion".
"Mais mes parents, explique-t-il, pensaient que ce n'était pas un sport pour les enfants". Et il a fallu l'intervention d'un grand oncle pour les convaincre de l'inscrire dans un club.
A huit ans, il intègre en 2014 le Lyon Sprint Évolution (LSE) où il impressionne tout de suite le président Guy Chabrier qu'il... lâche dans une côte. "Là on s'est dit: houlà, il y a un phénomène", se rappelle le dirigeant.
Lorsque sa mère Emmanuelle, enseignante, est mutée à Anse, le jeune Seixas rejoint en 2021 le Vélo Club Villefranche Beaujolais où il met encore tout le monde d'accord.
"Il était déjà impressionnant dans sa façon de pédaler, avec des jambes très fines mais beaucoup de force. Il a un coeur exceptionnel et trois poumons. Paul est une exception, un phénomène", expliquait à l'AFP le manager général du club, Anthony Barle, au lendemain de son titre mondial juniors du chrono en 2024 à Zurich.
Si ses parents ne l'ont pas tout de suite mis au vélo, ils ont en revanche identifié rapidement ses prédispositions physiques lors de leurs longues marches en montagne.
Aujourd'hui encore, la randonnée est la grande passion de Seixas qui rêve d'aller escalader les sommets du Népal. Mais la priorité ce sont d'autres montagnes, celles du Tour de France où il est désormais attendu par tout un peuple.
R.Mehmood--DT