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Longtemps, les monts boisés des Aravallis ont protégé New Delhi des vents brûlants venus du désert du Rajasthan. Mais les carrières de plus en plus nombreuses qui les percent pour nourrir l'urbanisation débridée de l'Inde menacent désormais l'avenir de ce rempart naturel.
Ces dernières années, les entreprises de travaux publics ont, sans trop d'égard pour la loi ni pour l'environnement, largement défiguré la muraille qui se dresse au nord et à l'ouest de la capitale indienne.
Le long de leurs 700 km, les Aravallis, dépouillés de leurs roches - principalement du gneiss et du granite destinés à la construction - ont pris des allures de gruyère.
La Cour suprême s'en est inquiétée en 2025, en interdisant la délivrance de nouveaux permis pour arracher leurs flancs.
Mais pour nombre de scientifiques et de défenseurs de l'environnement, il est trop tard. Le désert du Rajasthan avance, les températures déjà caniculaires qui assomment New Delhi augmentent et menacent un peu plus la santé de ses plus de 30 millions d'habitants.
Pour ceux qui vivent dans les collines livrées aux engins de chantier, les conséquences sont déjà tangibles.
"Les mines ont complètement détruit notre région", constate Salle Kumar, un agriculteur de 34 ans installé dans une petite cité de l'Etat du Rajasthan prise en sandwich entre deux gigantesques carrières. "Nos rivières sont mortes, nos exploitations sont devenues stériles..."
Autour de lui, de nombreux habitants assurent que les maladies respiratoires font des ravages.
"L'arrachage et le concassage de la roche nous enveloppent tous les jours dans un épais nuage de poussière", affirme l'un d'eux, Subhash Saini.
- "La terre tremble" -
Son frère est mort de silicose, la maladie des mineurs causée par l'inhalation des particules de silice, affirme-t-il sur la foi des confidences de son médecin. L'hôpital public de la région a toutefois certifié que l'homme était mort de tuberculose, une autre maladie pulmonaire.
L'impact de ces activités industrielles va bien au-delà de la seule santé des populations.
En ce jour de mai, le petit hameau de Chatru Ki Dhani - moins de 200 habitants - résonne des détonations régulières des explosifs qui dévorent la montagne.
"La terre tremble à chaque explosion, qui peuvent survenir à tout moment du jour ou de la nuit", rouspète Om Prakash Verma en pointant le doigt sur les cicatrices qui lézardent les murs de sa maison. Ce n'est qu'un moindre mal. A l'en croire, certaines habitations se sont écroulées.
En décembre, le ministère fédéral indien de l'Environnement a assuré que seulement 0,19% - soit 277 kilomètres carrés - de toute la chaîne étaient troués de carrières.
"Contrairement à certaines affirmations alarmistes, aucune menace imminente ne pèse sur l'environnement des Aravallis", a-t-il insisté dans une déclaration.
Mais les études indépendantes avancent toutes des chiffres bien plus importants.
En 2025, une commission mise en place par la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire d'Inde, a évalué à 2.339 km2 la surface des mines et des carrières dans la seule partie des Aravallis située au Rajasthan.
Et cinq ans plus tôt, un rapport de la plus haute instance de contrôle financier du pays fondé sur des observations de terrain et des images satellite avait révélé que 34% des carrières opéraient au-delà de la superficie concédée dans leurs permis. Donc dans l'illégalité.
- Menaces -
"La plupart des permis d'exploitation ne respectent pas la règle et ne font l'objet d'aucun contrôle", déplore l'écologiste Kailash Meena. "Et en plus, tous les audits l'ont confirmé, de nombreuses entreprises opèrent sans permis".
A en croire les défenseurs de l'environnement, la dégradation des Aravallis menace tout le nord de l'Inde.
"Elles constituent une barrière physique contre les tempêtes de poussière et les vagues de chaleur", argue C.R. Babu. "Si on ne les protège pas, toute la plaine du nord du Gange, le grenier à blé du pays, va devenir un désert".
Et la capitale Delhi, où les températures ont passé la barre des 45 degrés Celsius en mai, "un nid à poussière doublé d'un four d'une chaleur extrême", complète-t-il.
Les écologiste locaux comme Kailash Meena assurent avoir tiré le signal d'alarme depuis belle lurette.
"Cela fait des années que nous exigeons des restrictions aux activités minières", rappelle-t-il, "mais ce n'est que maintenant que les habitants des villes souffrent de températures de plus en plus élevées que tout le monde commence à vouloir sauver les Aravallis".
Certaines parties des montagnes abritent encore léopards, hyènes, ours et antilopes, témoins d'une nature luxuriante. Mais pour combien de temps, s'inquiètent les habitants.
Alors certains se sont mobilisés pour défendre leurs collines sans attendre les pouvoirs publics. Dans le village de Bhagwanpura, Nikita Meena, 18 ans, et des voisins campent depuis janvier au sommet de l'une d'elles, avec la ferme intention d'en interdire l'accès aux mineurs.
"Il arrivera ce qu'il arrivera, mais nous ne les laisserons pas s'installer ici", clame la jeune femme à qui veut l'entendre, "ils n'amènent que la destruction".
Y.Amjad--DT