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Un quart des Français aura plus de 65 ans en 2030, un tiers en 2050, et les hôpitaux bousculés par l'envolée du nombre de malades chroniques avec plusieurs pathologies, parfois dépendants, cherchent à s'adapter, avec des moyens toutefois limités.
L'engorgement manifeste des services d'urgences témoigne "d'une inadéquation" du système de santé au vieillissement, a alerté mi-juillet un rapport d'experts missionnés par le gouvernement.
Des patients âgés, isolés, avec plusieurs pathologies (insuffisance cardiaque, diabète, troubles cognitifs...) s'y accumulent, bloqués en attente d'un lit d'hospitalisation, d'une place en Ehpad ou suivi extérieur.
"Demain", dans les établissements - qui ferment des lits pour développer la prise en charge ambulatoire -, l'hospitalisation complète sera "quasi exclusivement" pour ces malades, qui nécessitent l'expertise de gériatres, des soins lourds, coûteux, parfois l'aide de services sociaux, selon le rapport.
Or les gériatres manquent, même en Ehpad, où il faudrait aussi 365.000 places supplémentaires d'ici 2050.
Et toute hospitalisation inadaptée peut accélérer la perte d'autonomie, en lien avec l'alitement, la perte de repères, les effets indésirables de médicaments...
Divers hôpitaux développent donc depuis plusieurs années des projets pour repérer précocement les fragilités, aider les soignants de ville et d'Ehpad à les prendre en charge, et réduire les hospitalisations et passages aux urgences "évitables".
- "Hotline gériatrique" -
Au CHU de Grenoble, une cellule incluant des gériatres, pharmaciens ou spécialistes des effets indésirables des soins crée des liens avec les soignants libéraux, collectivités, Ehpad, autorités sanitaires, l'hospitalisation à domicile...
Elle gère depuis 2020 - comme plusieurs dizaines d'autres établissements - une "hotline gériatrique" accessible 24h/24 aux soignants du territoire pour "évaluer un patient, conseiller une conduite thérapeutique, une consultation, un examen", ou organiser des admissions directes.
"On évite, annuellement, 400 admissions via les urgences", assure à l'AFP le Pr Gaëtan Gavazzi, chef du service gériatrie.
L'équipe déploie aussi le programme "Icope", test des capacités mentales et physiques à l'aide d'une application, seul ou avec un proche, un travailleur social, un facteur... Lorsqu'une fragilité est repérée, un soignant confirme le diagnostic pour "proposer un parcours de prévention qui, malheureusement, n'existe pas aujourd'hui", souligne M. Gavazzi.
"Nous développons un outil numérique", qui recensera d'ici à cinq ans "le maillage des diététiciens, kinésithérapeutes, psychologues, structures d'activité physique adaptée", pour permettre aux soignants, en un clic, d'enclencher ce parcours.
"Mais il faut des moyens, pour rémunérer celui qui diagnostique, rembourser le diététicien... En l'absence de budget national à la hauteur", c'est "de la débrouille", déplore le praticien, contraint de solliciter des conseils départementaux, des mécènes.
- Équipes mobiles -
À l'hôpital de Vannes, le "décloisonnement ville-hôpital" s'est accéléré depuis le Covid.
Les soignants de nombreux Ehpad ont été formés à évaluer l'urgence d’une situation et à en gérer certaines, "non vitales", aidés d'un guide et d'une "trousse de régulation" contenant un minimum commun (médicaments, sonde urinaire, suture, perfusion...). Si besoin, le Samu-SAS peut les guider par visio-conférence, précise Félyse Launay, coordinatrice de la "filière gériatrique" territoriale.
Chaque patient appelant le Samu, sans besoin de soins urgents mais identifié comme "fragile", est rappelé sous 48h par une infirmière de gériatrie, qui oriente vers une prise en charge. L'agence régionale de santé finance certains dispositifs.
Dans certains hôpitaux, des équipes gériatriques "mobiles" interviennent à domicile, en Ehpad, aux urgences. D'autres sont intégrées dans des Samu-SAS, mais insuffisamment financées, selon plusieurs responsables.
Au CHU de Tours, dans le service gériatrie redessiné en 2022 avec ses équipes, les patients et leurs aidants, des rails plafonniers facilitent les déplacements. Pour éviter les chutes, un côté du couloir est réservé à la marche avec une "barre épaisse, en aluminium, le froid améliorant la préhension", a décrit le chef du Pôle Vieillissement Bertrand Fougère, lors d'une récente conférence.
Poids aux extrémités, vision floutée, audition étouffée : les soignants nouvellement recrutés y sont invités à tester une "tenue simulateur de vieillissement".
Les "bonnes pratiques" restent dispersées et doivent être "généralisées", jugeaient mi-juillet les experts, appelant à former beaucoup plus de médecins polyvalents et gériatres.
Le ministère de la Santé a récemment lancé deux chantiers, pour réduire les passages aux urgences "évitables" et "transformer l'hôpital" face à la dégradation des comptes et au vieillissement, via notamment l'hospitalisation à domicile.
T.Jamil--DT