Dubai Telegraph - Au Ghana, un homme se mobilise pour sauver les raies-guitares de l'extinction

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Au Ghana, un homme se mobilise pour sauver les raies-guitares de l'extinction
Au Ghana, un homme se mobilise pour sauver les raies-guitares de l'extinction / Photo: Nipah Dennis - AFP

Au Ghana, un homme se mobilise pour sauver les raies-guitares de l'extinction

A l'aube, sur la côte du Ghana, les bateaux de pêche regagnent le rivage avec la prise de la nuit, des paniers remplis de vivaneaux, de crabes, de raies et d'un poisson à l'aspect particulier que les habitants appellent "esene".

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Autrefois abondant, l'esene, appelé également raie-guitare ou poisson-guitare, reconnaissable à son corps aplati de raie et sa queue de requin, devient de plus en plus rare.

Pour le défenseur de l'environnement Issah Seidu, 36 ans, chaque retour de pêche rappelle l’urgence de protéger cette espèce menacée.

Après des études consacrées à la faune terrestre, il découvre en 2018, au contact des communautés de pêcheurs, l'une des crises de conservation les plus méconnues au monde, selon les scientifiques.

"Nous sommes arrivés dans ces communautés et avons vu des tas de requins, de raies et de raies-guitares exposés sur les quais, sans la moindre considération pour leur protection", explique-t-il à l’AFP.

"C'est à ce moment-là que j'ai compris que quelqu'un devait agir", ajoute le biologiste, qui n'aurait jamais imaginé travailler sur le milieu marin.

Les raies-guitares figurent parmi les poissons marins les plus menacés. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) les classe "en danger critique d'extinction".

Leur chair est appréciée localement, tandis que leurs nageoires se vendent à prix élevé sur les marchés internationaux.

En Afrique de l’Ouest, les populations de cette espèce se sont effondrées.

Les poissons-scies ont peut-être déjà disparu des eaux ghanéennes, tandis que les raies-guitares, leurs proches cousins, se font de plus en plus rares.

M. Seidu craint que les raies-guitares ne soient les prochaines à disparaître.

- Convaincre les pêcheurs -

Le principal défi consiste à convaincre les pêcheurs d'abandonner la capture d’une espèce particulièrement rentable.

L'ONG AquaLife Conservancy, fondée par M. Seidu, a choisi une approche pragmatique. Plutôt que d'interdire les captures, elle développe des activités alternatives, notamment l'élevage d'escargots.

Dans la communauté côtière d'Adjoa, des familles de pêcheurs élèvent désormais des escargots géants africains dans des enclos en bois.

"Ce sont les pêcheurs eux-mêmes qui ont choisi l’élevage d'escargots", souligne Issah Seidu.

Edward Afful, pêcheur depuis 20 ans, constate que la baisse des prises empêche souvent les équipages de couvrir les frais de carburant. Il complète désormais ses revenus grâce à l'élevage d'escargots.

"Si nous avions commencé il y a des années, tout le monde en aurait profité", estime-t-il.

- Cartographie -

En avril, le Ghana a créé sa première aire marine protégée (AMP), couvrant 703 kilomètres carrés de l'Atlantique, dont la gestion sera assurée conjointement par les communautés côtières et l’État.

"La zone abrite des espèces très particulières qui doivent être protégées, notamment la raie-guitare", explique Francis Nunoo, professeur de sciences halieutiques à l'Université du Ghana.

En parallèle, M. Seidu et les pêcheurs d'Adjoa et d'Apam ont établi leur propre aire marine gérée localement.

Grâce à des balises GPS, ils identifient les zones où les raies-guitares se regroupent.

Ensemble, ils ont cartographié environ 15 kilomètres carrés d'habitats critiques.

"Les pêcheurs sont les gardiens de ces lieux. Ils savent où les espèces se concentrent et où se trouvent les zones de reproduction", explique-t-il.

À Apam, Evelyn Akorful, 41 ans, commerçante, observe depuis des années la diminution des prises.

"Aujourd'hui, nous n'en attrapons plus autant qu'avant", dit-elle, accusant notamment les méthodes de pêche destructrices, en particulier l'utilisation de lumières en mer, d'appauvrir les stocks.

Pour sa famille, la pêche reste essentielle. La vente de raies-guitares, de crabes et d'autres espèces finance les frais de scolarité et les dépenses du foyer.

"Si nous ne trouvons pas une espèce, nous en cherchons une autre. Nous survivons en diversifiant nos prises", explique-t-elle, tenant dans ses mains deux raies-guitares fraîchement capturés.

Les habitants les plus âgés ont observé ce déclin sur plusieurs décennies.

"Quand j'étais jeune, les raies-guitares étaient partout", se souvient Jonathan Abadu Kennedy, 57 ans, ancien élu local.

"On pouvait en capturer plusieurs en quelques minutes avec une simple fil de pêche et un hameçon", ajoute-t-il.

Aujourd'hui, les grands poissons ont pratiquement disparu, affirme-t-il, évoquant la pollution, l'évolution des pratiques de pêche et le changement climatique.

Séchée et salée, la raie-guitare est consommée dans de nombreux ragoûts et soupes au Ghana. Ses nageoires, très prisées, sont recherchées par des acheteurs qui approvisionnent les marchés internationaux, notamment celui de la soupe aux ailerons de requin.

"Le marché chinois est très important", souligne M. Seidu. "Il crée des incitations supplémentaires pour les pêcheurs" et complique davantage les efforts de préservation de la nature.

Pour lui, la réussite ne se mesurera pas seulement au nombre de raies-guitares encore présentes dans les eaux ghanéennes.

"Lorsque la majorité des pêcheurs auront compris que leurs actes ont un impact et choisiront eux-mêmes de protéger l'espèce, alors ce sera une réussite", estime-il.

A.Al-Mehrazi--DT