Dubai Telegraph - Olivier Andriès, le patron cash de l'aéronautique française

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Olivier Andriès, le patron cash de l'aéronautique française
Olivier Andriès, le patron cash de l'aéronautique française / Photo: Thomas SAMSON - AFP/Archives

Olivier Andriès, le patron cash de l'aéronautique française

Le costume est sobre, le débit posé, mais depuis un an, le directeur général de Safran Olivier Andriès a endossé un rôle inattendu : celui d'un patron qui parle cash pour défendre réindustrialisation, compétitivité et emploi, s'attirant les foudres des écologistes.

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A la tête de Safran depuis 2021, ce polytechnicien discret de 64 ans aux lunettes fines, longtemps considéré comme un technocrate de l'aéronautique, s'est soudain imposé dans le débat public après une sortie cinglante sur les élus écologistes.

"Si c'est pour se faire accueillir par des tomates, ce n'est pas la peine", lâche-t-il lors d'une audition parlementaire en avril 2025 visant les critiques d'élus écologistes de Rennes contre l'implantation d’une usine Safran, censée créer 500 emplois.

La formule est imagée - aucun jet n'a eu lieu et le site doit être opérationnel l'an prochain. Mais elle frappe et le rend du jour au lendemain aussi clivant que populaire.

Les milieux industriels applaudissent en coulisses un patron qui ose dire ce que les autres pensent. Les ONG déplorent cette vision brutale du compromis environnemental.

- Hydrogène pour le XXIIe siècle? -

Depuis juillet  2025, Olivier Andriès a étendu son influence en devenant président du Gifas, le puissant lobby de la filière aérospatiale française.

Dans ce rôle, il assume un discours offensif, alerte sur le poids de la fiscalité. Avant de "répartir la richesse", "il faut la créer", martèle-t-il.

Il douche les espoirs de décarbonation, assurant que l'avion à hydrogène qu'Airbus espère concevoir dans les années 2040 relève "plutôt du XXIIe siècle".

"Il semblerait que l'esprit de l'innovation de Safran s’arrête là où commence la maximisation des profits à court terme", commente à l'AFP Jérôme de Bouchet, de l'ONG Transport & Environment, accusant Andriès de "minimiser" les enjeux climatiques.

Olivier Andriès écarte également l'idée d'une réduction du trafic aérien, assurant que l'"aircraft bashing" — la stigmatisation du transport aérien — "n'existe nulle part ailleurs" qu'en Europe.

"C'est le monde à l'envers quand on sait que les émissions de l'aviation ont augmenté en Europe de 30% depuis 2005, là où celles des autres secteurs se sont stabilisées ou ont diminué", réagit Jérôme de Bouchet.

Safran développe pourtant pour les futurs avions un moteur à l'architecture disruptive, Rise, qui permettrait de réduire de 20% la consommation de carburant.

En 2025, le groupe a célébré la certification de son moteur électrique présenté comme "une étape majeure " vers l’objectif de neutralité carbone d'ici 2050, au musée d’Art moderne de Paris, en pleine salle de "La Fée Électricité" de Raoul Dufy.

- Machine à cash -

Formé à Polytechnique et aux Mines, passé par le ministère des Finances puis par Lagardère et Airbus, Olivier Andriès rejoint Safran en 2008.

Lorsqu'il en prend la tête en 2021 après le Covid, Safran est fragilisé : le trafic aérien est encore déprimé et les chaînes d'approvisionnement sous tension.

Il continue de capitaliser sur la dépendance structurelle des compagnies aériennes à la maintenance des moteurs — une activité bien plus rentable que leur vente — tout en accélérant la production.

Les résultats suivent. En 2025, le groupe affiche un chiffre d'affaires record de 31,3 milliards d'euros.

Le tout dans un contexte où Leap, son moteur phare, équipe la totalité des Boeing 737 MAX et une majorité des Airbus A320neo, les avions les mieux vendus.

Sous sa direction, Safran s'impose ainsi comme une  machine à cash, dopée par l'après-vente et la reprise du trafic mondial, mais aussi par la montée en puissance de la branche défense et le succès à l'international des Rafale, dont Safran fabrique le moteur M88.

- Expansion -

L'acquisition en 2024 de Preligens, spécialiste dans l'IA de défense devenu Safran AI, "est une inflexion majeure" pour Safran et sa "culture très industrielle" opposée à "celle du code", souligne à l'AFP un connaisseur du secteur ayant travaillé avec Andriès.

Elle illustre, selon cet expert, la "vision" du dirigeant qui élargit le modèle économique alors même que "l'âge d'or des moteurs" devrait se prolonger encore plusieurs décennies.

Poursuivant sur sa lancée, Safran est sur le point d'acquérir le pôle de renseignements militaire de Kayrros, société française spécialisée dans l’analyse de données satellitaires.

Parallèlement, le groupe étend son implantation à l’international, particulièrement sur les marchés émergents prisés pour l'excellence de leurs ingénieurs et des coûts salariaux plus compétitifs.

Fin 2025, Safran a inauguré à Hyderabad, en Inde, un gigantesque site de maintenance pour moteurs Leap, et compte y installer une chaîne d’assemblage du moteur de Rafale, une première hors de France.

Au Maroc, Safran a lancé un projet d'usine de trains d'atterrissage qui viendra s'ajouter à une unité devant ouvrir fin 2027 pour la maintenance de moteurs.

F.Damodaran--DT