Dubai Telegraph - Au Vanuatu, une feuille sacrée pour protéger les forêts des pillages

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Au Vanuatu, une feuille sacrée pour protéger les forêts des pillages
Au Vanuatu, une feuille sacrée pour protéger les forêts des pillages / Photo: Chris McCALL - AFP

Au Vanuatu, une feuille sacrée pour protéger les forêts des pillages

Au Vanuatu, la tradition interdit de toucher la feuille de namele, en forme de plume et si sacrée qu'elle orne le drapeau de l'archipel. Des défenseurs de l'environnement l'utilisent aujourd'hui pour lutter contre l'exploitation forestière illégale.

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La zone protégée de Vatthe, candidate au classement au patrimoine mondial de l'Unesco, abrite une riche biodiversité sur la grande île d'Espiritu Santo - l'une des plus de 80 qui composent l'archipel du Pacifique.

Mais un seul garde forestier, le chef coutumier Bill Tavue, surveille les 2.720 hectares du site, dont le nom signifie "estuaire" en na, la langue locale.

Le manque de financements pour les programmes de protection de la nature et les besoins en terres agricoles y rendent l'exploitation forestière illégale courante.

Bill Tavue compte donc sur la feuille verte et brillante du namele pour l'aider à protéger ce qui subsiste des bois.

Le namele, ou cycas seemannii, que l'on retrouve dans l'ouest de l'Océanie, tient une place éminente au Vanuatu.

"Dans notre culture, personne n'a le droit de toucher le namele, à l'exception du moli", le chef, explique M. Tavue. Si on place une feuille de cette plante quelque part, il est tabou de toucher ses environs, précise-t-il.

- Feuille de paix -

Bill Tavue est originaire de Matantas, un village de la côte nord d'Espiritu Santo. C'est là que le navigateur portugais Pedro Fernandez de Quiros avait posé le pied en 1606, pensant avoir découvert Terra Australis, un continent imaginaire de l'hémisphère sud.

A l'époque, les populations du Vanuatu utilisaient la feuille de namele pour tracer des limites interdites à franchir sous peine de mort, notamment après des conflits pour garantir le respect d'accords de paix.

Plus récemment, des habitants de Matantas ont signalé sa présence dans la zone protégée de Vatthe, avec comme objectif de tenir les intrus à l'écart.

L'idée a pris, si bien que le gouvernement milite aujourd'hui pour que les dirigeants d'autres localités usent de ces traditions pour protéger la nature.

Des partisans du namele affirment que la feuille taboue a contribué à préserver l'essentiel de la zone de Vatthe, où peu de mesures de protection de la nature sont appliquées.

Néanmoins, après un récent cyclone, des bûcherons chinois travaillant au Vanuatu ont reçu l'autorisation de ramasser du bois mort dans cette réserve naturelle, ce que certains habitants ont vu comme une couverture pour abattre des arbres illégalement.

Interrogés par l'AFP sur la gestion de cette zone protégée, les agences nationales des forêts et de la protection de l'environnement n'ont pas répondu.

- "Nous ne détruisons pas" -

Le tabou du namele est aussi important dans l'ouest montagneux d'Espiritu Santo.

Des défenseurs de la nature du Réseau environnemental de Santo Sunset y visitent des villages souvent isolés, à plusieurs heures de bateau.

Ils cherchent à convaincre les chefs d'interdire l'exploitation forestière et d'invoquer la feuille de namele ou d'autres coutumes. Quiconque enfreint le tabou encourt ainsi une amende: un poulet ou un cochon.

Pour Joses Togase, chef de projet du réseau, la pauvreté favorise la déforestation. Les populations locales "ont besoin d'argent mais ne comprennent pas l'impact négatif sur les ressources", observe-t-il

Dans plusieurs zones, des arbres sont abattus pour cultiver igname, manioc, taro ou patate douce, faute, souvent, d'autres espaces disponibles.

Richard Rojo, vice-président de l'organisation, lui-même agriculteur, dit s'engager pour transmettre les forêts à ses descendants.

A Matantas, les parents du garde forestier Bill Tavue - le chef émérite Solomon et son épouse Purity - se désolent de voir la forêt "endommagée". "Nous avons des tabous. Nous ne détruisons pas nos rivières. Nous ne détruisons pas nos ressources", affirme Purity.

Son fils a formé quatre personnes pour l'aider à surveiller la zone protégée mais tous ont depuis abandonné leur poste, non rémunéré.

Bill Tavue plaide pour obtenir des financements, comme notamment des crédits carbone pour aider à la protection de la zone: "si l'on n'a pas d'argent, on ne peut pas continuer".

Y.El-Kaaby--DT