Dubai Telegraph - Noyé sous la contrefaçon, le Grand Bazar d'Istanbul craint de perdre son âme

EUR -
AED 4.270651
AFN 72.672902
ALL 95.422215
AMD 429.02547
ANG 2.082077
AOA 1067.517186
ARS 1618.483848
AUD 1.626566
AWG 2.096078
AZN 1.973774
BAM 1.953151
BBD 2.343122
BDT 142.798158
BGN 1.941904
BHD 0.438812
BIF 3463.86137
BMD 1.162873
BND 1.487208
BOB 8.039234
BRL 5.848205
BSD 1.163322
BTN 111.584572
BWP 16.455963
BYN 3.237465
BYR 22792.305681
BZD 2.339767
CAD 1.599636
CDF 2610.64867
CHF 0.914599
CLF 0.026578
CLP 1046.027459
CNY 7.890205
CNH 7.919216
COP 4407.671428
CRC 527.729596
CUC 1.162873
CUP 30.816128
CVE 110.115645
CZK 24.332882
DJF 207.162578
DKK 7.472855
DOP 69.50692
DZD 154.525754
EGP 61.518758
ERN 17.443091
ETB 181.650343
FJD 2.562565
FKP 0.862723
GBP 0.870579
GEL 3.116726
GGP 0.862723
GHS 13.303185
GIP 0.862723
GMD 84.309218
GNF 10201.163663
GTQ 8.875077
GYD 243.394059
HKD 9.107113
HNL 30.939567
HRK 7.533552
HTG 152.326491
HUF 359.725389
IDR 20455.861774
ILS 3.398682
IMP 0.862723
INR 111.453503
IQD 1524.059056
IRR 1529177.651491
ISK 143.602844
JEP 0.862723
JMD 183.820675
JOD 0.824435
JPY 184.380467
KES 150.185168
KGS 101.69336
KHR 4667.749183
KMF 490.73227
KPW 1046.587595
KRW 1744.518339
KWD 0.358769
KYD 0.969502
KZT 546.158612
LAK 25513.833147
LBP 104179.488025
LKR 382.166578
LRD 212.894902
LSL 19.270711
LTL 3.433661
LVL 0.70341
LYD 7.387108
MAD 10.723755
MDL 20.126048
MGA 4842.515145
MKD 61.638519
MMK 2441.614111
MNT 4162.472663
MOP 9.383135
MRU 46.696663
MUR 54.85262
MVR 17.916265
MWK 2017.298534
MXN 20.208252
MYR 4.594552
MZN 74.318959
NAD 19.270463
NGN 1593.826688
NIO 42.812667
NOK 10.846201
NPR 178.534915
NZD 1.990718
OMR 0.447117
PAB 1.163342
PEN 3.988359
PGK 5.068126
PHP 71.724245
PKR 324.025388
PLN 4.246195
PYG 7089.384321
QAR 4.240748
RON 5.21664
RSD 117.388478
RUB 84.837746
RWF 1701.821006
SAR 4.38083
SBD 9.321746
SCR 15.977183
SDG 698.307965
SEK 10.982589
SGD 1.488506
SHP 0.868202
SLE 28.664959
SLL 24384.862344
SOS 664.909586
SRD 43.267005
STD 24069.117863
STN 24.466814
SVC 10.179193
SYP 128.535171
SZL 19.274106
THB 37.98524
TJS 10.854265
TMT 4.070055
TND 3.404882
TOP 2.799918
TRY 52.962748
TTD 7.896968
TWD 36.695032
TZS 3023.469146
UAH 51.367628
UGX 4368.075366
USD 1.162873
UYU 46.596798
UZS 13931.343839
VES 593.23815
VND 30647.511032
VUV 137.12648
WST 3.146267
XAF 655.07975
XAG 0.014879
XAU 0.000255
XCD 3.142721
XCG 2.096692
XDR 0.813933
XOF 655.068499
XPF 119.331742
YER 277.51928
ZAR 19.373693
ZMK 10467.246163
ZMW 21.900672
ZWL 374.444547
  • AEX

    -14.4000

    1007.14

    -1.41%

  • BEL20

    -61.9600

    5470.3

    -1.12%

  • PX1

    -119.6200

    7962.79

    -1.48%

  • ISEQ

    -185.0000

    12400.03

    -1.47%

  • OSEBX

    28.0000

    2013.99

    +1.41%

  • PSI20

    -78.4700

    9045.57

    -0.86%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    31.5800

    4133.29

    +0.77%

  • N150

    -17.3300

    4209.56

    -0.41%

Noyé sous la contrefaçon, le Grand Bazar d'Istanbul craint de perdre son âme
Noyé sous la contrefaçon, le Grand Bazar d'Istanbul craint de perdre son âme / Photo: Yasin AKGUL - AFP

Noyé sous la contrefaçon, le Grand Bazar d'Istanbul craint de perdre son âme

Ses portes monumentales ont traversé les siècles, figées à l'ère des sultans, mais passé le seuil, un constat s'impose: sous les voûtes peintes du Grand Bazar d'Istanbul, l'artisanat ancestral se meurt, asphyxié par la contrefaçon.

Taille du texte:

Au coin d'une allée, un adolescent propose de faux parfums Dior à dix euros face à des doudounes Moncler contrefaites. Plus loin, un commerçant reçoit 40 dollars d'une touriste pour un faux sac Michael Kors.

"Toute l'Europe vient ici! J'ai même des femmes de footballeurs", sourit Kemal, 36 ans dont vingt passés au Grand Bazar, l'un des plus grands marchés couverts au monde où se pressent chaque année des millions de touristes.

Ses faux sacs à main en veau Celine et ceux en cuir matelassé Saint Laurent "sont de la même qualité que les originaux, mais cinq à dix fois moins cher", affirme le vendeur, réticent à décliner son patronyme, de peur des contrôles.

Il vivait déjà des imitations "made in Turkey" il y a quinze ans, avant que les copies de luxe ne grignotent une à une les vitrines du bazar, vieux de près de six siècles. "Désormais, tous les modèles de sacs sont ici: s'ils sont sur les Champs-Elysées, alors ils sont ici", assure-t-il.

- "En train de tout bouffer" -

Les vétérans du bazar, qui gardent le souvenir des petits métiers qui peuplaient ses allées, se désespèrent de le voir envahi par le faux.

L'élégante boutique de tapis d'Hasim Güreli, vice-président de l'association des commerçants du bazar et membre de son conseil d'administration, en est désormais cernée.

"Autrefois, les imitations étaient rares. Quand certains se sont mis à vendre des faux sacs, ils se cachaient. Ils avaient peur de l'Etat", raconte le quinquagénaire.

"Le bazar a perdu son caractère unique: il n'y a que des produits importés ou contrefaits et ça empire chaque année", peste Gazi Uludag, qui vend des services à thé deux allées plus loin.

Dans sa boutique de tapis artisanaux, Florence Heilbronn-Ögütgen déplore qu'un ami maroquinier, "qui faisait de vrais sacs en très beau cuir", ait dû baisser le rideau, faute de pouvoir en vivre.

"Désormais, les plus belles boutiques, c'est les imitations ! Il n'y a qu'eux pour payer les loyers de 10 à 15.000 dollars par mois sur l'allée principale. Ils sont en train de tout bouffer", se désole la commerçante, au bazar depuis 1998.

"Ceux qui font de l'artisanal ne peuvent pas suivre. Le bazar perd son âme", assène-t-elle, inquiète qu'"une certaine clientèle haut de gamme ne vienne plus parce qu'elle ne veut pas voir que des contrefaçons".

- "Bénéfices énormes" -

Omniprésent en Turquie -- un des principaux pays de production et de transit de la contrefaçon derrière la Chine et Hong Kong --, le faux représente une manne dont une partie termine dans les poches de l'Etat, sous forme de taxes notamment.

Le reste nourrit toute une économie, des petits revendeurs jusqu'aux grossistes qui exportent aussi vers l'Union européenne.

"Les bénéfices sont énormes. Des sacs à main sont vendus des milliers de dollars au Grand Bazar", note Dilara Bural, maître de conférences en criminologie à l'Université de Bath (Angleterre).

Des groupes criminels peuvent être à la manœuvre, "mais nous ne pouvons pas dire que toute la contrefaçon en Turquie est liée au crime organisé. Ce n'est pas vrai", souligne-t-elle.

Ce commerce est facilité par une "importante tolérance culturelle" qui, "dans certains cas, s'étend à ceux censés faire appliquer les lois, les policiers et les juges", ajoute-t-elle.

- "Pas le choix" -

Des cabinets d'avocats turcs mandatés par les mastodontes du luxe tentent malgré tout d'enrayer ce juteux business. Mais le Grand Bazar relève du casse-tête.

"Le problème, c'est qu'il faut des mandats de perquisition pour chaque adresse. Et il y a des milliers de boutiques dans le bazar, donc il faut des milliers de mandats", explique Sena Yasaroglu, avocat au cabinet stambouliote Moroglu Arseven, où vingt personnes travaillent sur les dossiers de propriété intellectuelle.

Un porte-parole du conseil d'administration du Grand Bazar affirme toutefois que "la police d'Istanbul (y) effectue des inspections fréquentes".

Devant sa boutique microscopique de 2,5 m2 qu'il loue 1.000 dollars le mois, Murat dit penser "chaque jour" aux contrôles.

En 2018, lui et son frère ont vu la police débouler. Et l'addition fut salée: 800 faux sacs saisis et 40.000 euros d'amende et de frais d'avocats.

Le commerçant de 27 ans, originaire de la province agricole de Sanliurfa (sud-est), a pourtant repris son business aussitôt.

"Je n'ai pas le choix", clame-t-il. "Sinon, je vais faire quoi ? Retourner faire berger au village ? Je ne veux pas faire ça."

D.Naveed--DT