Dubai Telegraph - Dans les villages du Bangladesh, le retour de la grande peur des serpents

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Dans les villages du Bangladesh, le retour de la grande peur des serpents
Dans les villages du Bangladesh, le retour de la grande peur des serpents / Photo: Munir UZ ZAMAN - AFP

Dans les villages du Bangladesh, le retour de la grande peur des serpents

Cachés au pied des plantations, ondoyant dans les rues ou enroulés sur les lits, ils sont partout. Avec la mousson estivale, les serpents sont de retour en nombre dans les villages du Bangladesh, avec leur cortège de morsures... et de peurs.

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Dans le village de Rajshani (nord), baigné par le fleuve Padma, Sree Ananda Mondol, 35 ans, ne leur a pas échappé. Et il en tremble encore.

"Je rassemblais des pieds de riz quand un serpent a surgi du tas et m'a mordu à la cheville", raconte-t-il. "J'ai trébuché, je ne pouvais plus ni parler ni bouger. J'ai vomi, mes intestins ont lâché et j'avais de la salive qui sortait de la bouche".

Rapidement admis à l'hôpital du district, il a passé trois jours en soins intensifs avant de rentrer chez lui.

Ces dernières semaines, ces incidents parfois mortels sont devenus monnaie courante dans la région, à plus d'une centaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale Dacca.

La hausse des morsures est attribuée pèle-mêle par les experts aux fortes pluies de cette saison de mousson, au changement des pratiques agricoles et à l'urbanisation.

- "Dans nos lits" -

"On en trouve jusque dans nos lits", témoigne Rezina Begum, habitante d'un village voisin, en lavant son linge dans le fleuve. "J'ai le cœur qui s'affole quand je marche le long des champs", renchérit Mohammad Bablu, 56 ans, "rien qu'hier, ils en ont tué sept..."

Les brûlis des rizières servent de refuge à de nombreuses espèces de serpents, surtout lorsque les pluies de la mousson gonflent le cours des fleuves.

A l'hôpital universitaire de Rajshahi, le Pr. Abu Shahin Mohammed Mahbubur Rahman a compté 25 morts par morsures depuis le début de l'année.

"Nous avons aussi traité plus d'un millier de patients cette année", dénombre-t-il, "dont 206 ont été mordus par des serpents venimeux comme les cobras, les bongares ou les vipères".

- Ecosystèmes bouleversés -

En 2024, les autorités sanitaires avaient recensé 118 morts par morsure de serpent sur l'ensemble du territoire, un record.

Cette année, on dénombre déjà 84 décès.

La résurgence de la vipère dite de Russell est particulièrement redoutée. Un temps considérée comme disparue, cette espèce est réapparue en 2013 et cause de plus en plus de victimes.

"Ce sont d'excellentes nageuses, qui peuvent flotter sur les jacinthes d'eau et se déplacer très facilement", décrit le zoologue Farid Ahsan, de l'université de Chittagong.

Leur multiplication cette année est d'abord liée aux précipitations abondantes, diagnostiquent les experts. La région de Rajshahi a reçu de mai à septembre 1.409 mm de pluies, bien plus que les 1.175 mm d'une saison normale.

Le bouleversement des écosystèmes favorise également la prolifération des reptiles.

"Leur habitat est détruit, ils vivent maintenant au contact des humains", note l'expert Gowhar Naim Wara.

La hausse de la production agricole - il y a désormais trois récoltes de riz annuelles au Bangladesh - a en outre causé la prolifération des rongeurs qui s'en nourrissent et de leurs prédateurs, donc des serpents, souligne Farid Ahsan.

- Anti-venin -

La hausse des morsures a d'ores et déjà contraint les hôpitaux du pays à renforcer en urgence leurs stocks de sérums anti-venin.

"Nous avons suffisamment de doses pour les trois prochaines semaines, et nous avons lancé une commande auprès de l'Inde", affirme un responsable du ministère de la Santé et de la Famille, Md Sayedur Rahman.

Les autorités ont aussi lancé la mise au point d'un sérum adapté au venin des vipères de Russell. Mais il ne sera pas disponible avant trois ans.

En attendant, les habitants des villages tentent de limiter les risques de morsures par la seule prévention: ils ne se déplacent plus qu'avec des bâtons, en pantalons et en bottes.

Pas de quoi les rassurer. "N'importe lequel d'entre nous peut se faire mordre", répète Mohammad Bablu, "et cette idée nous hante".

G.Rehman--DT