Dubai Telegraph - Bala Amarasekaran, une vie au chevet des chimpanzés de Sierra Leone

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Bala Amarasekaran, une vie au chevet des chimpanzés de Sierra Leone
Bala Amarasekaran, une vie au chevet des chimpanzés de Sierra Leone / Photo: PATRICK MEINHARDT - AFP

Bala Amarasekaran, une vie au chevet des chimpanzés de Sierra Leone

"Depuis 30 ans, je n'ai jamais l'impression d'aller au travail, parce que les chimpanzés c'est ma vie, ma passion, c'est ma famille que je vais voir tous les jours...", lance à l'AFP Bala Amarasekaran, qui a fondé en 1995 en Sierra Leone un sanctuaire réputé mondialement pour chimpanzés orphelins.

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Par amour pour nos plus proches cousins, l'homme et ses équipes se battent depuis 30 ans pour préserver cet oasis.

Le sanctuaire de Tacugama est devenu la destination d'écotourisme numéro un du pays et un modèle de conservation en Afrique de l'Ouest.

Lors de la visite d'une équipe de l'AFP, Bala désigne un enclos où de jeunes orphelins nouvellement arrivés après avoir vécu des traumatismes, et "encore timides", sont regroupés en attendant d'être intégrés à un plus grand groupe.

D'un geste tendre, il tapote le nez et caresse la joue d'un jeune, lui murmurant quelques mots. Juste à côté, un chimpanzé adolescent, visiblement jaloux, réclame sa main pour le saluer, le fixant avec intensité.

Le sanctuaire, proche de la capitale Freetown, est plongé dans la touffeur du parc national de la Péninsule de la Région Ouest.

Ces orphelins y arrivent mal-nourris, ou blessés par balle ou à la machette, souvent après avoir été vendus par des braconniers.

Le chimpanzé d'Afrique de l'Ouest est considéré comme une espèce "en danger critique d'extinction". Les orphelins vivent dans les dizaines d'hectares sauvages protégés du sanctuaire, qui abrite 123 primates.

Rien ne prédestinait Bala Amarasekaran, 64 ans, à ce destin: immigrant du Sri Lanka arrivé à 17 ans avec sa mère venue enseigner en Sierra Leone, comptable de profession, il est devenu une figure de la défense de l'environnement de ce pays à la biodiversité remarquable mais très menacée par la déforestation et les activités humaines illégales.

- "Comme notre enfant" -

"Tout est arrivé par accident", raconte Bala, yeux verts pétillants, un charisme tout en discrétion.

En 1988, alors qu'il voyageait dans une région rurale avec son épouse Sharmila, ils découvrent dans un village un bébé chimpanzé attaché à un arbre, en état de malnutrition. "Il serait mort là-bas, alors nous l'avons ramené à la maison..."

"Nous étions jeunes mariés, sans encore d'enfants. On s'est occupé de lui comme notre enfant... et il a vécu avec nous près de sept ans".

Il dit avoir découvert la "remarquable ressemblance de caractère et de comportement" entre l'homme et le chimpanzé en faisant l'expérience de la vie commune. "Ils avaient les mêmes besoins en termes d'affection que nous; ils faisaient preuve de jalousie, d'amour...", sourit Bala.

La cohabitation - la famille a accueilli jusqu'à sept chimpanzés en même temps avant l'ouverture du sanctuaire - fut loin d'être un long fleuve tranquille.

"Dans notre famille, nous adorions tous Bruno, voir une telle intelligence!"

Mais les chimpanzés s'échappaient parfois, causant des dégâts dans les propriétés des voisins, volant le pain de passants dans la rue...

"J'étais devenu l'ennemi public numéro un du quartier!", en rit-il.

A l'issue d'une rencontre avec la célèbre primatologue Jane Goodall, invitée en 1993 en Sierra Leone, Bala parvient à trouver des fonds auprès de l'Union européenne et le feu vert du gouvernement sierraléonais pour ouvrir le premier sanctuaire pour chimpanzés rescapés du pays.

- Lien extraordinaire -

"J'ai dû faire le choix existentiel de démissionner de mon travail. Je pensais m'engager un ou deux ans, puis passer la main, mais ça n'est jamais arrivé...".

Bala passait alors huit heures par jour dans la forêt avec les chimpanzés. "Je ne réalisais pas qu'ils deviendraient une partie si importante de ma vie...", dit-il, très ému. "C'est difficile de faire une distinction entre ma famille humaine et les chimpanzés..."

Pendant la terrifiante guerre civile qui a pris fin en 2002, le sanctuaire a été attaqué deux fois par les rebelles et pillé. "Nous avons réussi à parlementer avec eux et ils n'ont tué personne."

L'épidémie d'Ebola a été une menace existentielle pour les hommes comme pour les chimpanzés. Le centre a fermé pendant un an, et les soignants s'y sont installés toute cette période.

Bala et ses équipes sont impliqués dans la défense de l'environnement à travers le pays, auprès d'une centaine de communautés.

Leur mission est aujourd'hui de protéger les chimpanzés dans leur état sauvage et "d'empêcher qu'ils arrivent au sanctuaire".

Mais face à l'augmentation de la déforestation et de l'empiètement illégal au sein même du parc national où se situe Tacugama, l'infatigable défenseur a lancé un cri d'alarme et pris une décision financière difficile: depuis le 26 mai, le sanctuaire est fermé aux visiteurs, pour tenter d'infliger un électrochoc au gouvernement.

Si Bala s'efface parfois pour laisser les équipes créer des liens spéciaux avec les chimpanzés, il a toujours ses affinités, citant Bruno, Julie, Philipp, depuis décédés.

Il aime aujourd'hui aller saluer "Mac, Mortes, Abu"... "Ce sont mes amis!"

Quand l'équipe de l'AFP progresse dans le sanctuaire, une clameur de cris et d'excitation monte en effet d'un enclos où sont réunis des chimpanzés adultes quand Bala s'approche d'eux, preuve du lien extraordinaire né entre cet homme et ces chimpanzés dans ce coin d'Afrique.

C.Masood--DT