Dubai Telegraph - Après le mégafeu de Gironde, la forêt entre mesures d'urgence et réflexion sur son avenir

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Après le mégafeu de Gironde, la forêt entre mesures d'urgence et réflexion sur son avenir
Après le mégafeu de Gironde, la forêt entre mesures d'urgence et réflexion sur son avenir / Photo: Sarah Meyssonnier - POOL/AFP/Archives

Après le mégafeu de Gironde, la forêt entre mesures d'urgence et réflexion sur son avenir

Sur les cendres du mégafeu en Gironde, les "millions de tonnes" de pins calcinés contraignent les forestiers à mener un abattage d'urgence pour éviter chutes d'arbres et parasites, ainsi qu'une réflexion sur l'avenir du massif.

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- Sécuriser la forêt -

Parmi les 42.000 hectares du brasier, le chiffre provisoire de "4 à 5 millions de tonnes" de bois à exploiter est avancé par la filière, soit "un peu moins d'une année de consommation" pour l'industrie locale.

Les forestiers vont abattre à grande échelle car, outre le risque de chutes, les pins affaiblis sont exposés au scolyte sténographe, une espèce d'insectes ravageurs de l'ordre des coléoptères volant et proliférant dans les troncs malmenés, jusqu'à la mort de l'arbre.

"Il faut couper ce qui menace de tomber sur des lotissements, sur des routes", anticipe la préfète Sophie Brocas, et "évacuer les stocks pour ne pas donner à manger au scolyte, ni au feu."

François Guiraud, président de l'interprofession du pin maritime (CIPM), pointe aussi la menace du nématode du pin, un ver ravageur détecté fin 2025 dans le département voisin des Landes: "son vecteur, le monochamus (un coléoptère, NDLR), est attiré par les bois brûlés. Attention à ne pas superposer deux crises".

- L'enjeu économique -

Dans le massif des Landes de Gascogne (1,2 million d'hectares), le plus vaste de l'Hexagone (17% de la surface forestière nationale) entre Gironde, Landes et Lot-et-Garonne, l'enjeu est environnemental mais aussi économique: le bois est la troisième industrie régionale, avec environ 60.000 emplois et 10 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Outre le coup d'arrêt mis aux entreprises sylvicoles (éligibles au chômage partiel), il n'est pas dit que le bois coupé soit exploitable, prévient la profession.

"S'il n'est pas brûlé, c'est réutilisable. S'il l'est, ça sera plus compliqué", prévient François Guiraud. "Généralement, l'écorce étant épaisse, on peut l'utiliser dans certaines scieries, pas dans toutes. Pareil pour la papeterie."

Le responsable s'attend à ce que le marché du bois en pâtisse mécaniquement. Mais il nuance: l'impact du mégafeu reste "bien moindre que ce qu'on a réussi à traiter après les tempêtes" Klaus (2009) et Xynthia (2010).

- Intégrer le risque d'incendie -

Les forestiers en conviennent, il faut pérenniser les pare-feu, élargir les pistes et modifier les essences d'arbres, une restructuration que Bruno Lafon, président de l'association Défense de la forêt contre les incendies (DFCI) en Aquitaine, évalue à "plusieurs millions d'euros".

"On veut bien participer mais il faut qu'on nous aide", lance-t-il, estimant plus avantageux de couper 2.000 hectares de pinède "plutôt que d'en laisser brûler 40.000". Maire de Biganos, il compte maintenir un pare-feu réalisé ces derniers jours sur sa commune, même s'il y "laisse des plumes" en tant que propriétaire.

Reste à convaincre les autres, 92% du massif étant privé. "Partout où ça a brûlé, je pense qu'on n'aura pas de difficultés", veut-il croire. "C'est ailleurs que c'est difficile."

La leçon n'a pas été "forcément tirée" des feux de 2022 "au niveau de la prévention", complète François Guiraud, évoquant des obligations de défrichage près des maisons non respectées, ou des fossés non fauchés.

- L'éternel débat sur le pin -

Constitué à 80% de pins maritimes, le massif est pointé du doigt pour sa monoculture, jugée plus inflammable que les essences feuillues.

"De toute évidence", la "diversité de peuplement" devra être mise sur la table "comme l'une des solutions" mais "ça ne protège pas du risque incendie" dans le contexte de sécheresse actuel, estime Sophie Brocas.

"Le problème n'est pas le pin maritime en soi mais le fait que la forêt soit extrêmement sèche. Le sol, sableux, ne retient pas l'eau", renchérit Sylvain Delzon, chercheur en écophysiologie des plantes à l'université de Bordeaux.

Pour Bruno Lafon, "il n'y a que le pin qui se plaît ici". "Vous pouvez mettre des feuillus, ils vont sécher et seront aussi inflammables que des pins", assure-t-il, admettant l'utilité de ces essences "en bordure" des parcelles.

"Le problème, c'est la façon dont le pin maritime est cultivé. C'est plus la monoculture, intensive, qui est problématique et doit être interrogée", considère le géographe Arthur Guérin-Turcq (Sorbonne Université).

- Le défi d'une forêt "différente" -

Venu en Gironde, Emmanuel Macron a appelé à "replanter et rebâtir une forêt différente" face au changement climatique.

"Comment on vit dans une forêt à +4°C ? Avec des villages qui ont aussi besoin de se développer? Et comment on met davantage en sécurité cette forêt?", s'interroge la préfète Sophie Brocas, qui a demandé aux professionnels "d'y réfléchir" d'ici septembre.

Pour Arthur Guérin-Turcq, il faut "briser un tabou": "ne pas replanter" partout. "Tout le monde est attaché à la forêt (...) mais je pense qu'autour des villages, ce serait une folie", juge l'universitaire, lui-même propriétaire forestier à Saumos, là où le mégafeu est parti.

"Il faut prendre le temps, réfléchir à l'adaptation de la forêt au changement climatique. Mais c'est un sujet de long terme", souligne François Guiraud.

D.Al-Nuaimi--DT