Dubai Telegraph - Sous le zinc, la fournaise: à Paris, le casse-tête du rafraîchissement des toits

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Sous le zinc, la fournaise: à Paris, le casse-tête du rafraîchissement des toits
Sous le zinc, la fournaise: à Paris, le casse-tête du rafraîchissement des toits / Photo: JOEL SAGET - AFP

Sous le zinc, la fournaise: à Paris, le casse-tête du rafraîchissement des toits

Paris à 50°C, et plus personne sous les toits ? Face aux canicules de plus en plus intenses, les derniers étages de la capitale risquent de devenir inhabitables sans véritable rafraîchissement. Mais dans une ville où le patrimoine est ultra-protégé, les solutions écologiques les plus abouties pourraient s'avérer insuffisantes.

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Couvertures de survie aux fenêtres, ventilateurs, aération nocturne...: Ana Puhac Crouzet fait le maximum pour éviter que son 37 m2, au 5e étage d'un immeuble du XIXe arrondissement, se transforme en bouilloire.

"C'était une passoire thermique quand on l'a acheté. Les travaux d'isolation des combles ont marché pour l'hiver... pas pour l'été", soupire cette femme enceinte, qui appréhende le prochaine vague de chaleur pour son futur bébé.

L'été, le zinc, qui couvre près de 80% des 128.000 toits parisiens, peut monter jusqu'à 80°C au soleil, selon la direction de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France (Drieat). La chaleur se propage dans les combles, transformant les logements en étuve.

L'utilisation de ce métal ultra-léger a permis, à partir des années 1850, d'aménager des milliers de logements mansardés pour loger les domestiques des familles aisées des étages inférieurs, dans une capitale déjà "surdense".

"Il n'y avait pas vraiment de quartier riche ou pauvre, la ségrégation était surtout verticale", raconte à l'AFP Julien Bigorgne, ingénieur environnement à l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur).

- "Les Aristochats" -

Au XIXe siècle, c'est de froid qu'on mourait à Paris, en premier lieu sous les toits, souligne l'expert.

Le problème s'est inversé avec le réchauffement climatique, comme l'a montré la canicule mortelle de 2003, où des personnes âgées vivant aux derniers étages se sont retrouvées "piégées", a pointé Karine Laaidi de Santé publique France, lors d'un colloque "Bien vivre sous les toits", en mai.

Il est donc urgent d'adapter cette "cinquième façade", alors que la capitale pourrait vivre des pics de chaleurs à 50°C d'ici à 2050. Les possibilités restent néanmoins limitées dans une ville où 94% des bâtiments sont soumis à une protection patrimoniale.

"C'est tellement emblématique, le décor de tant de films, des Aristochats... le débat est passionnel, du coup quand vous habitez au dernier étage votre voix n'est pas entendue", regrette auprès de l'AFP Alexandre Florentin, qui vient de créer "Le collectif du dernier étage".

Pour cet ancien conseiller de Paris, qui a présidé la mission "Paris à 50 degrés", "le statu quo n'est plus possible". "Vu la vitesse du changement climatique, on ne voit pas comment on pourrait se payer le luxe de ne pas recourir à des solutions qui changent un peu l'esthétique", estime-t-il.

- Le "sarking" comme rempart -

Comme le "sarking", technique de plus en plus courante consistant à rehausser le toit en déposant la couverture existante, ajouter une couche d'isolant pour éviter le contact direct avec le zinc, puis en poser une nouvelle.

"Du point de vue thermique, c'est aujourd'hui la méthode la plus efficace", expose Charles Lemonnier de l'Agence parisienne du climat (APC). Elle a aussi "l'avantage de renouveler le zinc pour 50 ans et de conserver le savoir-faire des zingueurs", inscrit par l'Unesco au patrimoine immatériel de l'humanité.

La technique ne dénature pas le paysage et est donc "tout à fait généralisable" selon lui pour les toitures en pente - contrairement à la végétalisation, adaptée aux surfaces plates.

"On a perdu 4 degrés !", se réjouissent Alain et Martine Tousla, un couple d'octogénaires vivant depuis 1986 sous les combles près de République et dont les étés étaient devenus "invivables".

"Le sarking donne les meilleures performances mais il ne faut pas se leurrer: passé 40 degrés, il faudrait une couche d'isolant de 50 cm... qui fait gonfler le toit et avale les lucarnes", pointe pour l'AFP Bruno Sarre, couvreur-zingueur.

"Au-delà de 30 cm on ne sait pas l'intégrer esthétiquement", surtout côté rue, complète Marie-Jeanne Jouveau, architecte et urbaniste du patrimoine. Pour elle, la clim deviendra "inévitable" dans certains cas de figure.

"Il y a un risque que les problèmes sanitaires graves arrivent avant les solutions d'adaptation. Donc la question du refroidissement va fatalement se poser", anticipe Julien Bigorgne.

Mais "on n'a pas les moyens de financer la clim' individuelle avec la crise de l'énergie", prévient Maud Lelièvre, rapporteure de la mission "Paris à 50 degrés". Elle compare la situation sous les toits aux territoires devenus inhabitables avec l'érosion du trait de côte, et évoque "des mesures de catastrophe naturelle" pour évacuer les logements sous les combles.

Y.Amjad--DT