AEX
-15.1300
Dans une église de Colmar, "La Vierge au buisson de roses", célèbre tableau de plus de 500 ans, est restauré sous les yeux d'un public fasciné, avant de partir au Louvre illuminer une exposition consacrée à son auteur, Martin Schongauer.
"L'état de cette oeuvre créée au XVe siècle est globalement assez satisfaisant", souligne la restauratrice Julie Sutter dans l'église des Dominicains, "mais on constate quelques zones de soulèvement et de fragilité ponctuelles".
Munie d'une lampe de poche à lumière blanche, elle montre des endroits où la peinture s'est écaillée.
En ce début des travaux jeudi, le retable de bois de 2 mètres de haut pour 1,15 mètre de large, peint en 1473, a été délicatement posé sur une grande table placée sur l'autel de l'église alsacienne, où l'experte va s'atteler pendant une dizaine de jours à lui redonner son brillant.
Elle commence par infiltrer de la colle d'esturgeon, à très faible concentration, puis replaque doucement les écailles à l'aide d'une spatule chauffante.
Après ce travail minutieux, elle procèdera au dépoussiérage puis au décrassage, "afin de retirer le léger voile grisâtre et terne qui s'est accumulé au cours du temps à la surface des vernis".
- "Complètement fasciné" -
Venu de Munich (sud de l'Allemagne) passer quelques jours de vacances en Alsace, Bernd Hohlwig, la quarantaine, a du mal à détacher le regard.
"Je suis complètement fasciné", dit-il à l'AFP. "Voir un tableau ainsi, proche de soi, sans cadre... on a des impressions complètement différentes que celles qu'on peut avoir dans un musée", ajoute le Bavarois.
En milieu de matinée, les visiteurs commencent à défiler plus nombreux devant l'autel.
"La Vierge au buisson de roses" attire beaucoup de touristes, et "comme elle part pour quatre mois, on va avoir un préjudice financier", explique le président du Conseil de fabrique des Dominicains Marc Gerrer, qui gère l'église et prête le tableau au musée du Louvre.
D'où l'idée d'organiser une restauration publique en amont.
Les Colmariens sont très attachés non seulement à l'œuvre, "mais aussi à la personne de la Vierge Marie, c'est aussi un objet de piété chrétienne", dit-il.
Dérobé en 1972, le tableau avait été retrouvé un an après dans la banlieue lyonnaise, sans que les auteurs aient été identifiés, raconte-t-il. "Il y a eu une grande messe solennelle d'action de grâce pour le retour du tableau, l'église était comble".
- "Dextérité" -
Le panneau, le seul daté de l'artiste, sera la pièce maîtresse de l'exposition temporaire au Louvre rendant hommage au peintre et graveur colmarien intitulée "Martin Schongauer, le bel immortel", du 8 avril au 20 juillet.
Toute sa "dextérité" s'y retrouve: "son sens de l'observation, qui lui permet de rendre la brillance de la perle, le rendu de la fourrure, le velouté d'un pétale de pivoine ou le plumage d'une mésange", décrit Pantxika Béguerie De Paepe, commissaire adjointe de l'exposition.
"Et le dialogue silencieux qu'il réussit à établir entre la Mère et l'Enfant. Marie mélancolique détourne son regard car elle connaît le destin tragique de son fils".
La pièce était à l'origine plus grande mais a été endommagée, probablement en raison d'une chute. Ont ainsi disparu la partie supérieure représentant Dieu le Père et la colombe, les extrémités du manteau et de la robe de la Vierge, ou encore une grande partie du parterre de fraisiers, représenté dans la partie inférieure.
"Je suis émue à chaque fois que je l'admire, j'ai juste envie de regarder, de me laisser happer par sa sérénité qui dépasse le sentiment de tristesse. À chaque fois un détail nouveau semble apparaître", confie l'experte.
Martin Schongauer, né vers 1450 et mort en 1491, est l'un des artistes germaniques les plus importants et les plus populaires de la fin du Moyen-Âge. Il a inspiré de nombreux artistes, notamment Albrecht Dürer, même si le Colmarien est quelque peu tombé dans l'oubli aujourd'hui.
"C'est pourquoi cette exposition au Musée du Louvre est une nécessité", estime Mme De Paepe.
Z.W.Varughese--DT